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Immigration, climat, terrorisme... Les droits de l’homme sont-ils dépassés ? (voir la vidéo)

Octobre 2019

Attaqués de toutes parts, les droits de l'homme apparaissent fragilisés par les crises auxquelles nous faisons face. Comment penser les droits de l'homme dans le temps présent ?

Le débat sur l'immigration à l’Assemblée Nationale s’est ouvert ce lundi. Centrale dans l’acte 2 du quinquennat, la question fait débat depuis les années soixante-dix. Aux pourfendeurs de l’accueil s’opposent ceux qui dénoncent le “droitsdelhommisme”. Quand les premiers invoquent des droits universels, les seconds, eux, critiquent ce qui serait une forme de bien-pensance et de générosité naïve. Par ailleurs, en matière d’écologie, les actions de désobéissance civile se multiplient, comme ce samedi avec l’occupation du centre commercial Italie 2, interrogeant sur leur légitimité en démocratie. Les conséquences du changement climatique, la crise des réfugiés ou encore le terrorisme sont autant d'enjeux où notre rapport aux droits de l'homme est mis à l'épreuve. Peut-on encore faire face aux défis du temps présent sans renoncer aux droits de l'homme ?

Dans son dernier ouvrage, Justine Lacroix, professeur de science politique à l'université libre de Bruxelles, répond à ces attaques et tente une réhabilitation des droits de l’Homme. Elle publie avec Jean-Yves Pranchère « Les droits de l’homme rendent-ils idiot ? » aux éditions du Seuil. C’est notre invitée de ce matin. Elle sera rejointe en seconde partie par Manuel Cervera-Marzal, sociologue à l’université Aix-Marseille. Après « Les Nouveaux Désobéissants : citoyens ou hors-la-loi ? » (éditions Le Bord de l’eau, 2016), il vient de publier « Post-vérité. Pourquoi il faut s’en réjouir ».

Le tournant des années 2000

"Ce qui est vraiment nouveau c’est que les droits de l’homme sont largement discrédités. Il y a eu un retournement depuis une décennie. Dans les années 1990, il y avait une adhésion au moins de surface : on ne pouvait pas les critiquer ouvertement. Aujourd’hui, on voit des dirigeants qui théorisent leur remise en cause." Justine Lacroix

 

https://www.canal-u.tv/video/ehess/entretien_avec_justine_lacroix_et_jean_yves_pranchere.43825 (voir la vidéo)

 

Juin 2018

Dénonciation du narcissisme de l’individu épris de ses seuls droits, crainte d’une spirale de revendications infinie, rappel des exigences de la communauté familiale, sociale ou politique : la « religion des droits de l’homme » suscite de plus en plus ouvertement la contestation. En témoigne le succès de l’accusation de « droit-de-l’hommisme » destinée à fustiger l’oubli des contraintes de l’action politique.

Ces attaques ne reflètent-elles que la constance, sous des formes voilées, de la pensée antidémocratique ? Si certaines émanent de catholiques conservateurs ou des tenants d’une nouvelle hypothèse communiste, elles sont toutefois aussi menées par des auteurs qui, de Marcel Gauchet à Régis Debray ou Jean-Claude Michéa, se réclament du républicanisme ou de la démocratie. À travers de nouveaux agencements, les arguments des uns et des autres reprennent les différentes figures prises par les critiques des Déclarations des droits de l’homme depuis 1789. Edmund Burke, Joseph de Maistre, Louis de Bonald, Jeremy Bentham, Karl Marx, Auguste Comte et Carl Schmitt forment ici les repères d’une cartographie intellectuelle susceptible d’éclairer le sens de nos perplexités présentes.
Prendre les droits de l’homme au sérieux suppose aussi de comprendre les objections qui leur sont adressées. Mais interroger les uns et les autres peut également conduire, sur les pas de Hannah Arendt, à tracer la voie d’une compréhension « politique » des droits de l’homme, susceptible de réfuter nombre des griefs qui leur sont opposés.

Justine Lacroix est professeur de science politique à l’Université libre de Bruxelles. Elle a notamment publié La Pensée française à l’épreuve de l’Europe (Grasset, 2008).

Jean-Yves Pranchère, philosophe, est professeur à l’Université libre de Bruxelles. Il est l’auteur de travaux sur la pensée contre-révolutionnaire, dont L’Autorité contre les Lumières : la philosophie de Joseph de Maistre (Droz, 2004).