Why Lefort Matters

Projet ARC avancé 2016-2021

Pourquoi Lefort: une généalogie conceptuelle d’enjeux normatifs contemporains


(english below)


Responsables : Justine Lacroix, Jean-Yves Pranchère, Thomas Berns
Doctorants : Kevin Cadou, Emmanuel Charreau, Lauriane Guillout
Post-Doctorante : Elisabeth Lefort
 

Claude Lefort (1924-2010) peut être considéré comme un des principaux penseurs politiques de la fin du XXe siècle. Cependant, la littérature secondaire à son sujet demeure curieusement mince, notamment dans le monde non francophone.. L’objectif de ce projet de recherche, qui combine histoire conceptuelle et théorie normative, est de pallier cette lacune. Ce projet n’a pas pour but de se livrer à une exégèse des écrits de Lefort ni de réaliser une biographie intellectuelle de ce dernier. Il s’agit plutôt de traiter l’œuvre de Lefort comme une « clé d’entrée » pour atteindre quatre objectifs:

Rendre compte de la complexité de l’histoire intellectuelle récente de la France.

Deux dimensions se présentent ici. D’une part, l’apport conceptuel et historique de la pensée de Lefort a nourri un courant de pensée porté par l’exigence d’une démocratie dite « intégrale » ou « radicale », irréductible aux critiques libérales ou conservatrices du socialisme. D’autre part, la lecture proposée par Lefort lui-même d’un certain nombre d’auteurs du XIXe siècle permet une nouvelle compréhension de la pensée politique française dans son rapport à la Révolution.

Dessiner une forme de républicanisme soucieux d’une mise en forme du social.

L’œuvre de Lefort, qui refuse de penser le lien de l’individuel et du social sur le mode d’une dichotomie pourrait ouvrir la voie à une forme de républicanisme qui évite le rabattement du politique sur l’Etat-nation sans dénier pour autant le poids du social.

Penser l’articulation entre droits de l’homme et politique dans le monde contemporain.

L’objet de ce volet de la recherche est de mettre à l’épreuve la capacité des réflexions de Lefort à fournir une pensée de la démocratie et des droits.

Evaluer la pertinence du concept de totalitarisme pour analyser les enjeux actuels.

Si la notion de totalitarisme reste aujourd’hui une arme rhétorique dans le débat public, que ce soit pour affirmer l’irréversibilité des acquis du libéralisme ou pour dénoncer la montée du terrorisme religieux, elle n’est pourtant plus guère interrogée par la théorie politique. Quelle est la pertinence des analyses élaborées par Lefort dans les années 1970 face au phénomène nazi puis soviétique pour appréhender les enjeux contemporains ?


Why Lefort Matters : A Conceptual Genealogy of Contemporary Normative Cleavages


Claude Lefort (1924-2010) may be seen today as one of the leading political theorists of the late twentieth century. Yet the secondary literature on his output remains peculiarly sparse, especially outside the French-speaking world. Except a few specialist circles that recognise the ‘matricial’ place of his work, Lefort’s threefold contribution to the history of contemporary ideas, democratic theory, and understanding of current political issues remains undervalued or even unknown. Our research project sets out to bridge this gap using an approach that marries the history of ideas with normative theory. The aim is neither to write Lefort’s intellectual biography nor to offer an analysis of his work itself, but rather to treat Lefort’s writings as a gateway to four goals.

Offering an account of the complexities of recent French intellectual history

There are two aspects to this. Firstly, the conceptual and historical advances of Lefort’s work have inspired a strain of thought driven by demands for a so-called ‘integral’ or ‘radical’ democracy, which differ substantially from liberal or conservative critiques of socialism. Lefort’s own interpretation of several nineteenth-century authors, secondly, opens up new understandings of the relationship between French political thought and the French Revolution.

Outlining a form of republicanism concerned with shaping social issues

In refusing to see the ties between individual and social context as a dichotomy, and remaining faithful to the Machiavellian idea that social conflict holds positive political value, Lefort’s work paves the way towards a type of republicanism that does not circumscribe the political domain to the boundaries of the nation-state, and gives social issues their due importance.

Rethinking the relationship between human rights and politics in today’s world

This facet of our research sets out to put the potential of Lefort’s thought to the test: can it indeed furnish a conceptualisation of democracy and rights clearly distinct from two ideas at opposite extremes? These are, at one end of the spectrum, the utopia of a ‘self-creating’ people with its own constitutive power; and at the other a market liberalism that destroys the connection between rights and political autonomy.

Assessing the relevance of the totalitarian concept to current debates

Though public debate still periodically calls the idea of totalitarianism into service as a weapon of rhetoric – either to proclaim the irreversible gains of liberalism or to condemn the rise of religious terrorism – political theory has largely lost interest in the concept. How, we ask, can Lefort’s 1970 analyses of Nazi and then Soviet totalitarianism help us to understand current issues?